Diocèse

N’ayez pas peur – L’homélie en intégralité de Mgr Molères pour la messe à l’intention de Mgr Philippe Breton

Les textes de ce jour, et particulièrement celui de l’évangile, nous surprennent par une question vive et nous réconfortent par leurs trois encouragements ; à leur manière, ils éclairent quelques aspects du ministère épiscopal de Mgr Breton, dont le diocèse fait, ce soir, mémoire. La question vive est celle-ci : quelles sont nos peurs ? Nos peurs sont diverses : peur de la souffrance, peur du virus et de sa pandémie, peur de la maladie, de la vieillesse et de la solitude, peur du chômage et de l’avenir, peur de la malveillance. Tout cela existe, mais à cette pitoyable litanie du tremblement, Jésus signale une autre peur, la peur de ce que demande la Foi, la peur d’être et de paraître chrétien.

Or Mgr Breton ne connaissait pas cette sorte de peur ou de timidité. À vrai dire, de par sa haute taille, il ne passait jamais inaperçu : physiquement majestueux, il était à l’aise en tous lieux, en tout temps, avec toute personne. Cette urbanité donnait le change : il y avait en lui une humilité cachée qui ne se faisait pas illusion sur ses propres limites et vanités, et lui faisait supporter en silence les affronts subis. Cette humilité, basée sur la lucidité, avait grandi au séminaire, au contact des prêtres sulpiciens, qui appartenaient à l’école française de spiritualité, basée sur la contemplation du Verbe Incarné, Souverain Prêtre.

Après de bonnes études à la Sorbonne, couronnées par une maîtrise en science physique, le jeune Philippe Breton discerna avec l’aide de son aumônier d’étudiants du centre Richelieu, Aaron Jean-Marie Lustiger, sa vocation au ministère presbytéral. Il entra au séminaire des Carmes où nous nous sommes connus. Il y avait là, comme supérieur, un prêtre sulpicien, Monsieur Tollu, homme d’oraison et de culture, qui marquait profondément ces cent jeunes hommes entrés au séminaire après un long cursus universitaire ; nos maîtres pour la plupart étaient de ceux qui avaient préparé le Concile Vatican II. Philippe Breton, excellemment doué, prépara avec le Père Cazelles, sulpicien, bibliste de renom, un diplôme de langue hébraïque, puis une maîtrise de théologie.

Devenu prêtre, il fut assez vite nommé responsable de l’enseignement catholique de la région parisienne. L’esprit frondeur des adolescents trouvait en lui à qui parler ; il garda toute sa vie quelque chose de cette gouaille adolescente et même de titi parisien qui, mélangée au langage raffiné de son milieu social et de son éducation, rendait ses propos pétillants comme le vin de Champagne dont sa famille était originaire. Il s’en servit utilement pour annoncer l’évangile dans plusieurs paroisses et radios parisiennes.

Pourtant, cet homme, si naturellement doué pour la parole, avait ses moments de lassitude. Il me dit un jour : « Nous autres évêques, nous devons toujours être prêts à parler ; ainsi cette semaine, j’ai dû préparer cinq prédications. » Car il les préparait dans la prière pour assumer sa tâche de messager de l’évangile, docile au conseil du Christ « N’ayez pas peur de vous déclarer pour moi, ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les toits », conseil qui ne concerne pas seulement les ministres ordonnés, mais tout chrétien baptisé, membre du Christ. La bonne nouvelle est à tous et pour tous.

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Les textes nous donnent un deuxième conseil : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais l’âme », car l’âme est ce temple unique en chaque personne où la Sainte Trinité se reflète de façon structurante et originale, même chez les personnes gravement handicapées. La vraie vie n’est pas celle du corps mortel et ses activités éphémères, sans les déprécier d’ailleurs ; la vraie vie est celle de Dieu qu’Il infuse en nous par les sacrements du baptême et de la Réconciliation, et qui se manifeste à travers nos actes libres inspirés par l’Esprit-Saint, pour rendre le monde plus humain et plus proche de Dieu.

Qui n’a pas été surpris du communiqué signé par l’évêque de Dax en faveur des producteurs de volaille, au titre un tantinet provocateur : « Faire Carême en mangeant de la volaille » ?

En quinze lignes pour décrire une situation de précarité, Philippe Breton alerte l’opinion ; il lui conseille en bon Pasteur de soutenir efficacement les éleveurs de volaille en danger. Ce Parisien, familier des beaux quartiers de la capitale, prit la défense des volaillers landais. Il le fit bien, avec son beau langage précis et incitatif.

De même, il sut engager le dialogue, dans son bref épiscopat, par une démarche synodale centrée sur les générations des 25-45 ans en train de larguer les amarres ; il dialogua aussi avec les nouveaux venus dans la méthode Alpha, avec les membres des équipes pastorales paroissiales et des équipes funérailles et, plus généralement, avec les personnes qui assuraient une présence chrétienne dans les divers secteurs de la pastorale. Malgré ses propres handicap physiques, l’évêque était là, présent quand il le pouvait, toujours attentif par sa parole et ses écrits, au reverdissement des forces du diocèse et à ce qui se passait sur le terrain.

Bref, il s’est préoccupé non seulement des conditions de vie matérielles de son peuple, mais aussi de l’évangélisation de son âme profonde prenant au sérieux le deuxième conseil du Seigneur : « Tenez les âmes en grand égard ; craignez ceux qui peuvent les casser ou les pervertir. » Dans la première lecture, le prophète Jérémie affirmait déjà : « Le Seigneur est avec moi comme un défenseur redoutable. »

L’évangile enfin se termine par un troisième conseil, porteur d’un grand souffle ; on pourrait l’appeler le raisonnement à plus forte raison : « Soyez sans crainte, si le Père veille sur la création ; à plus forte raison, s’occupera-t-il de vous, car vous valez bien plus que tous les passereaux du monde. » Même raisonnement dans la deuxième lecture tirée de St Paul : si le péché d’Adam s’est répandu en pandémie durable dans le monde, à plus forte raison notre solidarité en Christ nous donnera-t-elle le salut : conseil et conviction réconfortants que l’évêque Philippe vivait avec un naturel et une bonhomie que les prêtres appréciaient. Il tenait aux prêtres : les épreuves et les joies ne manquèrent pas alors au presbyterium landais ; elles furent les siennes ; pour lui la vie consacrée était un des joyaux du diocèse.

Aussi, quelle fut sa joie quand il apprit que la béatification de Marguerite Rutan, lorraine, fille de la Charité, organisatrice efficace de l’hôpital de Dax, injustement guillotinée dans cette ville pendant la Révolution, se déroulerait à Dax dans les arènes où lui-même avait été consacré évêque. Notez que les grandes heures de son épiscopat furent célébrées dans des arènes : Dax, Amou, Pomarez. Ces espaces ovales, ouverts sur le ciel et sur l’alentour, ces lieux populaires et festifs, étaient à sa mesure : crossé, mitré, avec son mètre quatre vingt-dix, son physique d’imperator, sa stature de gladiateur, son sourire, il était intérieurement en action de grâce. La béatification de la sœur Rutan fut l’apothéose de son épiscopat.

Des années sombres suivirent : années d’ennui, de souffrances physiques, d’impression d’abandon et d’inutilité, années de retraite où abondèrent les souffrances physiques, psychologiques et spirituelles. S’il vécut aisément son déracinement parmi nous, il le vécut bien plus durement dans le Paris de sa retraite ; ce déracinement fut un dépouillement total du corps, de l’esprit et de l’âme.

Puisse Notre Dame de Buglose accueillir avec son sourire ce Parisien de Dax sur son fauteuil roulant, dans les arènes du Paradis : « Ne crains pas évêque Philippe, tu es attendu par mon fils et par moi ; nous savons bien que ta vie de successeur des Apôtres fut marquée du signe pascal de la croix ; nous n’oublions pas que tu avais choisi comme devise : Il est fidèle le Christ qui nous appelle (1Th5,24 ). Alors, bienvenue ! »

Frères et sœurs, vous dont l’existence connaît ou a connu ou connaîtra des épreuves analogues, n’ayez pas peur, n’ayons pas peur ni pour lui, ni pour nous. Notre Sauveur

Jésus nous prépare une place. À chacun d’y consentir ; quelle bienheureuse espérance ! Cette eucharistie en est le gage !

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